l’Enfant qui (séquence sur les âges de la vie)

 

Proposition :

Atelier d’écriture Théâtre du Jeu de Paume séquence « Les étapes de la vie »: L’enfance

J’ai choisi pour cette séquence de nouvelle année, les âges de la vie. Nous allons dérouler ainsi l’enfance, l’adolescence, l’entrée dans la vie d’adulte (ou pas !) la maturité et la vieillesse. S’attarder à écrire sur ce qui fait la spécificité de chaque étape de vie, et tenter de s’en approcher en écriture. Retrouver, reconnecter l’univers propre à chaque étape, ce qui est agit et le mettre en mot, telle va être notre aventure des quatre semaines à venir.

Pour commencer, bien sûr l’enfance, ce moment si propice à l’imaginaire, aux jeux, aux découvertes, aux peurs, aux chimères, aux avatars. L’enfant se crée son monde, accessible qu’à lui et souvent hermétique aux adultes. Je vais vous proposer, en prenant modèle sur le livre de Jeanne Benameur « l’Enfant qui » de tout à la fois vous plonger dans un imaginaire d’enfant en l’écrivant et en même temps de rendre compte de ce que le narrateur observe. Vous avez déjà expérimenté cette double voix avec notre chauffeur de taxi. Votre texte ce composera de séries paragraphes, tantôt mettant en scène la voix imaginaire de l’enfant, tant celle du narrateur qui porte le regard sur lui, Ecrire le discours que se fait l’enfant à lui même, à son ami imaginaire, à sa chimère, en utilisant le « tu » et le « je » à la manière dont se parlent les enfants et l’entremêler du récit du narrateur écrit au « je » observant l’enfant, s’en amusant ou bien s’inquiétant pour lui.

Prenez le temps de lister des moments ou des situations d’enfant ou de votre enfance où l’imaginaire prenait toute la place, utilisez le mode de la liste en commençant par « l’enfant qui… »

L’enfant qui fait des routes dans la purée

L’enfant qui traine son chien à roulettes

L’enfant qui souffle sur la vitre l’hiver

L’enfant qui regarde les nuages filer

L’enfant qui met la tête sous l’eau dans la baignoire et entend son cœur battre

L’enfant qui rampe pour être comme la fourmi

L’enfant qui invite dans sa cabane l’ami imaginaire

Faites nous entendre sa voix intérieure écrite au tu, puis alternativement celle du narrateur qui l’observe.

Jeanne Benameur « L’enfant qui… »

Texte d’une participante :

L’enfant qui… 

 » Un, deux trois, même pas peur !  quatre cinq six tralalalala ! Sept huit neuf youpi yo j’ai le droit !

Un pas après l’autre. Je suis forte. Je regarde à gauche, je regarde à droite, je traverse doucement.

Attention ! Attention quand tu traverses elle m’a dit maman.

Même pas peur.

Je regarde de partout. C’est pas parce que j’ai peur . C’est si jamais un gros monsieur voulait m’enlever. Il me dirait viens par ici ma jolie petite fille et puis il me par la main et il me tirerait fort jusque dans sa voiture…

AhAh…Même pas peur !

T’es là petite sœur ? Serre moi fort la main. Je t’emmène à l’école. Il ne faut pas que tu aies peur. Je suis ta grande sœur et je te protège.

Je ferais comme ça si t’existais, petite sœur. Je te le promets je serais gentille gentille. Pas comme mes grande sœurs à moi qui n’arrêtent pas de m’embêter.

Mais aujourd’hui on dit que t’existes. D’accord, petite soeur ?

Tu vois, je t’explique. Aujourd’hui c’est la première fois que je vais à l’école toute seule.

Qu’elle est jolie ! Je sais je ne devrais pas. Je lui ai promis de la laisser aller seule. Mais elle est si petite. Et j’aime tellement la voir trottiner sagement, à petits pas.

Ah…attention, mon amour. Attention à toi en traversant. Oui, c’est bien mon bébé. Maman est fière de toi.

Je me souviens de la première fois où je suis allée seule dans la rue. J’étais terrorisée. Et pourtant le monde était plus tranquille qu’aujourd’hui.

Oui, tu sais, aujourd’hui c’est la première fois que je vais à l’école toute seule. ce n’est pas rien petite sœur, tu verras quand ce sera ton tour.

Mais t’inquiète pas je connais le chemin.

Toutes les deux on n’a même pas peur. Hein, qu’on n’a même pas peur ?

On va dire aux copines de l’école qu’on est venues seules, tu vas voir, elles vont faire une de ces têtes!

Eh ! Attention ! Tu vois le bonhomme là bas en face ? Il a l’air trop bizarre. Viens, on traverse.

Mon petit bouchon ! Elle se débrouille bien. Elle a toujours été dégourdie . Mais… pourquoi elle travers ? C’est pas le trajet ça.

Attention en traversant, attention en traversant, c’est maman qui nous l’a dit. Tu t’en souviens petite soeur ?

Si elle nous voyait traverser ici, elle serait pas contente. Mais moi je lui expliquerais que c’est à cause de l’homme bizarre et elle pourrait pas npous gronder.

Bon encre une rue puis on tourne après le panneau et au bout il ya l’école.

Facile, hein ?

Même pas peur !

C’est quelle est prudente ma merveille, j’ai bien fait de lui faire confiance.

Elle n’a pas l’air d’avoir peur. C’est qu’elle grandit. Faut que je me fasse une raison.

Hop, on tourne et ouf le portail au bout de la rue.

Et puis voilà ma copine Chloé. Bon je te laisse petite sœur !

« Ho ho Chloé ! Tu m’attends ! »

Mon bébé a retrouvé Chloé. Les voilà à l’abri du portail de l’école. Je peux rentrer. Hihi. Même pas peur.

Brigitte Quittet

la rentrée des classes

proposition : la rentrée des classes

Ca y est ! la rentrée a sonné, cloches tintantes, cartable neuf, cahiers proprement empilés ; Je vais vous proposer de vous plonger dans vos souvenirs de rentrée des classes, ceux que quand vous étiez petit (classe primaire) en vous centrant sur vos souvenirs matériels (fournitures), mais aussi ceux des lieux (classe salle de classes, école), du quartier, de la rue, de la ville. 

Associez les détails ainsi retrouvés à des sensations, des joies, des peurs, des envies.

Vous recréerez ainsi l’univers qui fut le vôtre dans ces premiers pas d’écriture et de savoir. Le but est de vous imaginer écolier à la rentrée des classes !

Pour vous aider vous pouvez utiliser le célèbre « je me souviens de Perec » utilisant la répétition et des phrases courtes. Vous pouvez également vous servir de l’inventaire : paragraphes courts, composés de deux ou trois phrases sur le même thème ou objets. Les paragraphes peuvent ne pas avoir de lien entre eux.

Audio « le petit Nicolas » un souvenir qu’on va chérir

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Jean-Louis qui rit, Jean-Louis qui pleure… Et qui rit
Je me souviens des vacances d’été qui touchent à leurs fins, ce mélange d’excitation de la nouveauté de la rentrée et de la tristesse de la fin de l’insouciance des vacances.
Je me souviens de l’envie de nouveaux vêtements, d’un nouveau cartable, d’une nouvelle maîtresse, de la joie de ces nouvelles fournitures. L’enthousiasme de ces grands cahiers de couleurs, immaculés qui attendent sagement qu’on les remplisse.
Je me souviens de l’envie, du plaisir de retrouver les camarades, plus vieux d’un été mais aussi de nouvelles rencontres, de nouveaux visages, de nouveaux prénoms, de nouvelles voix.
Je me souviens de l’enthousiasme de la nouveauté, du changement qui très vite, laissera sa place à la routine et à la lassitude.
La rentrée c’est drôle, mais les jours qui suivent, qui se répètent, les devoirs, les leçons, les exercices, ça l’est beaucoup moins quand on est un enfant joyeux et insouciant.
Il y a parfois la maîtresse qui fronce les sourcils, qui gronde quand on ne comprend pas. La maîtresse qui se transforme en fée Carabosse. Et surtout, il y a les bêtises avec les copains, quel bonheur et là on peut dire qu’on se fend vraiment la poire. Plus c’est bête et on plus on rit. Ça grimace, ça gesticule, ça fait des grands signes dans le dos de la maîtresse, et ça pouffe et ça rigole, ça imite, ça caricature, ça singe.
Et boum, ça tombe, le piège se referme brutalement, brusquement, soudainement. La maîtresse s’est retournée et je suis pris les doigts dans le pot de confiture, à l’abricot bien sûr, c’est ma préférée.
« Jean-Louis, donne-moi ton carnet de liaisons ».
Mon monde s’écroule, je passe de la joie à la terreur. Déjà, dans les méandres de mon petit cerveau, les scénarios se dessinent, vite, vite. Comment vais-je gérer le mot à faire signer par les parents ? Tout à l’heure, avec les copains on a vraiment bien rigolé, mais là tout de suite, je ne ris plus du tout.
Il faut que j’en parle à ma mère, elle, elle me sauvera du courroux de mon père. Ce père autoritaire, qui fait peur avec sa grosse voix, ses yeux noirs et sa moustache noire de gendarme d’opérette.
Je suis terrorisé, je ne vais pas y couper : Aïe, aïe, aïe, si j’avais su je me serais tenu à carreaux pour reprendre une expression du Pater. Mais bon, c’est trop tard…Jean-Louis il fallait y penser avant.
J’avais beau supplier la maîtresse : « Je vous jure Madame, je ne recommencerais plus, c’est promis, juré-craché. »
Mais rien n’y fait, la sentence est irrévocable et je sors de l’école avec le mot de la maîtresse dans mon cartable, avec un sale goût dans la bouche.
La maman, douce et aimante, nous attend à la sortie, comme on dit, avec les pains au chocolat du goûter pour ma petite sœur et moi.
« Alors cette journée, ça s’est bien passé ? » demande-t-elle.
« Oui, oui » répondons-nous en chœur, avec la frangine.
Nous rentrons à la maison, et là c’est en route pour les devoirs, oh mon dieu quelle corvée. Ça tourne dans ma tête, il faut que je lâche le morceau avant que mon père ne rentre.
Il faut que je laisse le temps à ma mère de préparer sa plaidoirie et ses effets de manche pour épargner au rejeton que je suis les foudres du patriarche.
Au détour d’une leçon, je lui fais part du petit incident de la journée, en le minimisant bien sûr, en disant que tout le monde en classe a fait l’imbécile, que tout le monde a été puni et que nous avons tous eu un mot dans le carnet à faire signer par les parents.
Et en plus je mens, ouille, ouille, ouille, je m’enfonce…
La douce maman est compatissante. La pauvre, elle va prendre avec moi l’orage paternel.
Je me souviens du discours de mon père : « Tu as de mauvaises fréquentations, il faut bien travailler à l’école pour avoir une bonne situation plus tard. Tu files un mauvais coton, si ça continue, on va te mettre en pension. »
Et je me souviens, que malgré tout cela, des mots dans le carnet de liaisons, il y en a eu d’autres au cours de l’année.
Je me souviens de la boule au ventre et de la gorge serrée…
Mais, je veux surtout me souvenir, qu’avec les copains, on a bien rigolé…à gorges déployées.

J.L.P

Philou et moi

Vous avez bien tous croisé Philippine ! On l’appelle Philou, vous vous en souvenez ?

Philou est notre personnage commun, je vais pour commencer vous donner seulement quelques indications succinctes la concernant. Vous nous raconterez où, quand, comment vous l’avez rencontrée.Elle a 39 ans, ni jolie ni laide, elle travaille à l’accueil de l’hôpital psychiatrique à Montperrin, la folie des hommes elle la voit tous les jours, aussi elle a besoin de faire autre chose dans la vie…Vous avez pu la rencontrer ailleurs ! A vous d’imaginer et nous faire partager les moments de votre vie que vous partagez avec elle. Ce peut être quelqu’un de très proche ou pas du tout, laisser courir votre imagination. (fille, nièce, amie, inconnue, autre…. La voie est libre)

Pendant quatre séance nous la suivrons, j’introduirai des propositions qui vous permettront de faire avancer votre histoire avec elle.

Nous avons besoin au travers de ce récit de découvrir progressivement la personnalité de Philou, celle qui se dévoile dans la relation avec vous (ou votre personnage) . Nous sommes multiples, donc cela nous permettra de l’envisager sur plusieurs plans, et au fur et à mesure de l’avancement du récit, peut être que vous pourrez croiser d’autres participants de l’atelier sur votre chemin, puisque qu’ensemble vous tournez autour de la même personne.

Vous écrirez à la première personne et au présent d’une manière générale (l’utilisation d’autres temps pourra être requis si le récit le nécessite bien sûr). L’utilisation du « je » ne signifie pas pour autant que c’est de vous dont il s’agit, vous pouvez endosser la personne de votre choix, changer d’âge, de sexe…. Pour une fois….

 

Texte de Christine C

-I- -Bonjour! Philippine, mais appelez moi Philou. Tout le monde m’appelle Philou! P-H-I-L-O-U et non pas F-I-L-O-U, cela ne me correspondrait pas du tout! Quoi que! Et ce sourire, ce regard…jamais de toute ma vie, jamais personne ne m’a souri ni regardé ainsi. Je suis attablé au Grillon, en train de lire les programmes de cinéma quand elle débarque comme ça. Un moment interloqué, je ne sais pas si c’est à moi qu’elle s’adresse. Je la regarde et c’est bien ça ses yeux sont plantés dans les miens. Je saisis sa main, qu’elle brandit depuis quelques minutes trop longues certainement et me soulève à moitié pour m’en saisir et bredouiller un « bonjour » dont elle se moque encore aujourd’hui. -Je peux m’asseoir? Un regard en arrière et je vois trois filles hilares autour d’une table où quatre verres sont posés. Je me raidis. Philou le remarque -Je vais t’expliquer! Dit-elle rasssurante. C’est un pari, un simple pari mais qui me tient à coeur. Et là plus rien n’existe autour de moi, je me mets à l’écouter, ses paroles me submergent, m’envahissent, me transportent.. Je la regarde à la dérobée, Pourquoi moi, pourquoi ce soir, pourquoi ici? Mais ce n’est pas le pourquoi qui importe, c’est ici et maintenant voilà tout. Je ne sais pas encore qu’une des nuits les plus longues de ma vie commence. D’ailleurs dès que Philou commence à parler, le temps s’arrête et encore aujourd’hui je ne peux que l’écouter encore et encore. -Je t’explique, les trois filles là-bas se moquent de mon côté humaniste. Elles m’ont lancé un défi. Je devais choisir une personne au hasard sur cette terrasse, l’aborder, lui dire bonjour et m’asseoir avec elle pour échanger autour d’un verre tout simplement. J’affirmais que je n’allais pas me faire jeter, que juste un sourire et tout était permis! Voilà cette personne c’est toi! Et ce sourire, ce regard encore qui me transpercent. Au plus profond de moi je sais qu’aucune fiction au monde ne vaut le moment que je suis en train de vivre. Je laisse glisser le programme de cinéma et après un regard jeté à la table où elle a laissé ses copines, je nous commande deux mojitos et je me cale dans mon fauteuil. – Humaniste donc..l’invitant à poursuivre. -IICe soir, j’ai rendez-vous avec Philou, au café « Le grillon » comme la première fois, comme chaque fois. Ce soir est donc le moment de bonheur qui va emplir ma journée. La relation entre nous a évolué, nos rencontres ne sont plus dues au hasard d’un pari entre copines. Non, nos rencontres sont le fruit d’un choix et d’un plaisir partagés. Afin de les pimenter nous les organisons. Nous choisissons, chacun notre tour, un événement, une exposition, une représentation, un voyage que nous devons vivre seul. Puis nous nous retrouvons pour échanger et exposer à l’autre comment ce moment de vie nous a transformés, comment nous l’avons vécu. Nous nous sommes promis d’y aller seul et l’autre devait être le premier avec qui nous le partagions. Ce soir, c’était l’expo photo en cours à l’hôpital Montperrin. Hôpital où elle travaillait à l’accueil. Ce travail lui correspondait bien à Philou, elle aime tellement les gens. Cette expo était le fruit d’une collaboration avec l’école des beaux arts. Un professeur photographe avait confié aux malades un appareil photo avec pour consigne: voit l’autre et montre le. Le résultat est parait-il époustouflant. C’est en pensant à tout ceci que je me retrouve non loin de la gare routière. En portant mon regard un peu plus loin je vois un attroupement qui s’avère être une file d’attente. File d’attente qui je m’aperçois part de l’entrée du théâtre 3 bis, lieu de l’expo. Evidemment je ne peux différer ma visite car le rendez vous est ce soir. Je ne peux pas non plus rompre notre pacte, je vais donc attendre. En fait j’ai tout mon temps avant ce soir! Et là je prends place au bout de la file et me campe sur mes deux pieds. Comme d’habitude dans ces moments là je sens monter en moi des sensations que je connais bien. L’attente! J’ai appris à attendre en Afrique. Là-bas tout le monde attend, cela fait partie de la vie. Le temps ne semble pas avoir la même valeur. Là-bas peu d’horaires, le temps ne se mesure pas avec des instruments. Le bus, le taxi-brousse ne partent que lorsqu’ils sont pleins. Hommes, femmes, enfants attendent sans s’énerver. Les bébés ne pleurent pas ou si peu de temps, un sein les apaise immédiatement. Les gens attendent et regardent, dorment, la vie est là tout simplement. J’ai ramené ça en occident et j’adore. J’aime ces moments, ces sensations qui me permettent l’attente. Moi aussi je regarde et m’amuse de retrouver toujours les mêmes gens, les mêmes comportements. Depuis Philou j’ai compris que moi aussi j’aime les gens. Le couple là-bas visiblement c’est madame qui a trainé monsieur à cette exposition. Monsieur râle, madame se sent coupable et cherche les arguments qui vont apaiser monsieur, perdant par là même son propre plaisir. Je souris intérieurement me disant que pour l’instant, Philou et moi ne sommes pas encore tombés dans cet écueil. Mon regard quitte ce couple et parcourt la foule. Je m’arrête sur un trio familial. Une mère et ses deux ados, branchés sur leur smartphone. Les jeunes n’ont jamais vécu l’attente sans rien faire, juste attendre, juste être là. Pour eux attendre c’est être tête baissée, l’esprit absorbé par une communication lointaine aau dépend d’une perte de contact avec leur environnement proche. Rien à critiquer, rien à regretter, ils sont fils et filles de leur temps et de leur espace. Aurons nous des enfants avec Philou? Un bruit connu me fait tourner la tête. Bruit de l’enfant qui court partout, qui gène qui devient l’objet des regards furibonds des personnes proches de son aire de jeu. Et ses parents: la mère regard gêné, fautive graignant le jugement et la vindicte populaire. Oubliant que le jeu fait parti de la vie. Ne peut-elle le faire taire, le tenir, quelle incapable. Le père ensuite, courroucé qui en veut à sa femme comme seule responsable. Les gens oublient qu’ils ont été enfants, parents…et se donnent le droit de juger! Cela me rappelle un thème d’une soirée avec Philou. Comment et pourquoi se permettre le jugement? Petit à petit la masse humaine avance lentement vers l’entrée de l’exposition quand tout à coup je l’aperçois. Il regarde au delà du groupe de personnes qu’il est en train de doubler, comme s’il cherchait quelqu’un bien loin du lieu où il se trouve. Je repère le resquilleur et j’attends les réactions. Je m’amuse. Aujourd’hui compte tenu de ma position par rapport à lui je ne peux jouer de ma stratégie habituelle. Stratégie qui consiste à, sans même le regarder, me déplacer lentement et nonchalement pour lui barrer le chemin, l’obligeant ainsi, s’il veut poursuivre, à se dévoiler. Juste m’interposer, juste faire barrage silencieux. Visiblement cette stratégie n’est pas répandue car j’observe ceux qui bougonnent en silence sans oser se faire entendre. Et il y a celui qui va se mettre en colère qui va hurler et qui va ainsi pouvoir déverser sur un coupable, tout l’agacement accumulé au long de cette attente forcée depuis si longtemps. Le vigile intervient, les éclats de voix se taisent, tout rentre dans l’ordre. Qu’est ce que trois places perdues… La colère. Avec Philou on s’est promis de la laisser venir, on s’est promis de laisser l’autre la vivre lorsqu’elle apparait. Depuis on cherche ensemble les mots qui vont l’apaiser, qui vont la désamorcer. C’est tellement humain. J’esquisse un sourire, chaque pensée, chaque moment de ma vie me ramènent à elle et je l’aperçois. Aujourd’hui elle travaille, elle est derrière la banque d’accueil de l’hôpital, elle ne me voit pas mais moi je sais que je la vois, ce soir. -IIIUn peti signe complice, un sourire, notre connivence! Elle est toujours au guichet de Montperrin, moi je quitte l’expo. Et ce soir notre renconte, notre rendez-vous. Je sors empli de ce sentiment si rare mais tellement délicieux de sentir que je suis à ma place, que je suis là où je dois être au moment où il faut. L’évidence, la joie. Quatre heures à goûter une autre sorte d’attente. Je vais flâner dans cette ville dont je connais toutes les rues. Cette ville où mes pas mènent toujours aux mêmes endroits, ces lieux pour lesquels je dois faire l’effort d’attention afin d’être sûr de les découvrir chaque fois et ainsi ressentir le fait d’être vivant. C’est à ce moment là, place d’Albertas que je suis tiré de mes réflexions par le signal indécent de mon smartphone m’indiquant l’arrivée d’un message. Philou, c’est Philou..mon coeur ne fait qu’un bond, j’ouvre et lis:  » La catastrophe est nécessaire au maintien de la vie! », in En nous la vie des morts, de Nobecourt. Qu’est ce qu’elle dit? Qu’est ce qui se passe? Surprenante Philou! Mais ce n’est pas comme d’habitude! Ce soir le thème est l’expo photo, le contenu de ce message aurait pu être l’objet d’une autre rencontre. Ce n’est pas l’heure de sa pause mais j’appelle quand même, au pire je laisse un message. Elle a pris le temps d’écrire, peut être prendra t-elle le temps de répondre.A moins qu’elle ne soit juste allée aux toilettes et en profiter pour parler avec sa copine homonyme. Ca sonne et resonne et resonne encore… mais rien. Ca c’est tout Philou, une bombe envoyée par SMS puis silence, silence radio. Tout d’un coup, sans trop prévenir le doute m’assaille! Ce soir, ce soir sera t-elle là? Pour moi une vraie catastrophe. Pour le maintien de la vie on repassera, ce n’est pas ce que je ressens, le souffle me manque, la peur m’étreint. Que dois-je faire? Tout s’écroule, le moment qui semblait si parfait vient de disparaître. Je m’assoie sur le bord de la fontaine et réfléchis! Je décide d’aller chez le bouquiniste, je vais chercher ce livre. Je vais lire, je veux m’inprégner pour essayer de comprendre le message subliminal, le message qu’elle a voulu me faire passer. Je me dois de comprendre. En ce moment, je sais où je vais, ce ne sont plus mes pas qui me guident mais une urgence, un besoin de comprendre, un besoin d’agir, un besoin d’assurance, de réassurance! Philou, Philou que s’est-il passé depuis notre signe de reconnaissance, que veux tu me dire, pourquoi ne réponds-tu pas, pourquoi ce silence? Pas chez le bouquiniste! Je fais le tour des librairies, rien! En commande, personne ne comprend l’urgence dans laquelle je me trouve! A tel point que je me resouds à aller à la FNAC! Rien non plus. Une heure, encore une heure à attendre, toujours pas de réponse. Est ce que j’ose me diriger vers Montperrin pas si loin? Est-ce que j’ose m’imiscer, par surprise dans son quotidien? Nous n’avons pas fixé cette règle. Il faudra qu’on en parle. Une heure, une heure va-t-elle répondre enfin? Alors tenter de décoder, décoder seul. Reprendre le SMS mot après mot et tenter de comprendre. « La catastophe », « la » pas « une » c’est le concept même de catastrophe dont il est question. Pourquoi, que s’est-il passé? Qu’a t-elle vécu? La catastophe comme nécessité à la vie, à son maintien. « Maintien de la vie » là je reconnais Philou, son amour pour la vie, sa rage de vivre. La vie à tout prix mais pourquoi soumise à la catastophe? Pourquoi aujourd’hui? Pourquoi maintenant? Jamais je n’avais été dérouté à ce point, jamais elle ne m’avait autant perdu. C’est sûr il s’était passé quelque chose! Sera-t-elle là ce soir? -IVJ’y suis, c’est maintenant, elle doit arriver d’un moment à l’autre. J’avoue que je ne suis pas serein. Le contenu de son SMS me trotte dans la tête, son silence me hante! En retard, elle est en retard, cela lui est déjà arrivée! Ne pas s’inquiéter, ne pas anticiper, ne pas laisser cette boule, cette pression envahir mon corps, ma gorge, mon esprit! Philou, depuis notre première rencontre, tu as pris une telle place dans ma vie! Pourquoi est-ce que je pense à ça maintenant, pourquoi cette sensation, ce pressentiment, pourquoi me mettre dans un tel état d’angoisse! En retard, encore plus en retard. Elle ne va pas me faire ce coup là Philou. Elle a débarqué dans ma vie sans prévenir, elle en a fait un délice et…de plus en plus en retard. Je regarde ma montre et je n’y tiens plus, paie ma consommation et me lève, je m’aperçois que je suis un peu ivre. Pas grave, mon téléphone n’est pas sur silencieux, si elle arrive elle peut m’appeler, je veille, j’entendrai. Je me hâte, je veux savoir, je veux en avoir le coeur net, je me dirige vers l’hôpital. Je marche vite, je cours presque, j’arrive face à l’entrée. Je remarque un drôle de type devant la porte. Il a l’air agité, j’ai le temps de l’apercevoir regarder plusieurs fois alternativement son portable puis sa montre. Il trépigne! Bon en même temps vue le lieu, cela ne m’étonne pas vraiment, il y rôde de drôles de personnes. Elle me les a tellement décrites avec curiosité, empathie, compassion c’est comme si je les connaissais. J’entre, personne à l’accueil, elle n’est donc plus là. Je me dirige vers les toilettes, sa copine finit son sevice. -Philou? Ah non, partie plus vite que d’habitude avant la fin de son service. Pas même pris le temps de me dire au revoir. Pas son genre, par contre elle m’a envoyé un drôle de SMS. Attendez, je vous lis: » La catastrophe est nécessaire au maintien de la vie »! Mon sang ne fait qu’un tour. Elle, ça la fait rire! Pas moi! Et maintenant? Sa salle de sport pourquoi pas! -Philou? Pas vue de la semaine, pas son genre! Par hasard un SMS? Ah oui, vers seize heures tout à l’heure. « La catastrophe est nécessaire au maintien de la vie. ». Non, non, non mon coeur va éclater. Je cours, les gens me regardent et ce téléphone qui ne sonne toujours pas… Philou où es tu? Philou à quoi joues-tu? Son prof de théâtre, il joue ce soir vite avant qu’il n’entre en scène, juste lui poser cette question, toujours la même. -Philou? Elle a raté la dernière répétition, sa copine était inquiète. Elle disait avoir reçu un étrange SMS et elle voulait savoir si je connaissais Nobecourt. Je ne pris même pas le temps d’écouter la fin de ce qu’il me disait, car j’en connaissais le contenu. En le quittant, je réprimais un cri, je fus pris de nausées. Il ne me restait plus que le salon de tatouages. Lorsque je me trouvais devant, il était fermé. De toute façon cela aurait servi à quoi? Philou, Philou ce n’est pas comme ça que j’avais envisagé cette soirée. Ton absence, ton silence, la mise en scène de ta disparition? Tout cela était pour moi une réelle catastrophe! Allais-je pouvoir me maintenir en vie? Je poussais machinalement la porte d’un café, je remarquais le regard du barman, je m’assis. Mon regard a balayé la salle, je suis ailleurs. Tout à coup je sursaute. Ce couple qui boit un whisky, la femme de dos n’est ce pas Philou? Mon coeur bat la chamade. A ce moment ils se lèvent tous deux, elle me regarde! Ce n’est pas elle…une erreur. La première d’une longue série! Christine sept/oct 2017

 

 

 

 

 

Nouveaux ateliers d’écriture

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Ateliers ponctuels

  • Atelier « Retravailler ses textes », il vous permettra de retravailler vos premiers jets, de les inscrire dans un corpus d’écrits, de bénéficier de retours plus poussés sur vos textes et d’approfondir votre sillon d’écriture Prochaines dates :  7 avril de 10 h à 17 h chemin de Bibemus Aix en Provence
  • Un week end d’écriture à venir 

Ateliers réguliers

  • Atelier mensuel « Chemin de Bibémus :   Atelier en  cours, quelques places encore disponibles sur l’un des deux groupes du lundi.
  • Atelier mensuel « le caméléon «   « Mes premiers pas « . Cet atelier s’adresse à des personnes débutantes ou peu  avancées dans l’écriture, désireuses d’en découvrir les premiers ressorts. cet atelier est complet. En savoir plus …