L’alvéole. Les enfermements au travail

L’alvéole – Les enfermements au travail – Lundi 5 et 12 février 18

Proposition d’écriture

Le travail peut être source d’épanouissement pour certains, à certains moments de leur vie, source progressive d’enfermement aussi. Dans les grandes tours à la Défense, à Manhattan, à Shanghai, des milliers de gens se croisent, des hordes humaines à la chorégraphie implacable et souvent déshumanisée.

Par strates horaires différentes, des populations à l’opposée se superposent dans leurs allées venues, mais jamais ne se croisent. Fourmilière humaine, chacun à sa tâche dans le vertige des jours.

Votre personnage est l’un d’entre eux, cadre supérieur dans une société bien cotée, fourmi obéissante aux règles du groupe qui est le sien. Un jour, il va croiser un personnage issu de l’autre horde, celle de la nuit, des tâches subalternes…Cette rencontre changera le cours de sa vie.

Vous décrirez par des paragraphes courts le cheminement de l’un vers l’autre. Au début chacun est dans sa vie, dans son univers précis, déterminé, puis au fil du déroulé de l’histoire, le destin va les faire se croiser. Vous nous les montrerez alternativement, jusqu’au moment de leur rencontre, paragraphes en parallèle, comme un cheminement annoncé. Donnez nous à voir cette avancée de l’un vers l’autre.

Le dernier paragraphe sera celui de la rencontre et des questionnements possibles, pour l’un ? pour l’autre ? pour les deux , à vous de voir, à vous de vous interroger.

« L’alvéole »  François Momal p.64

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Gare de Lyon
Roberto fait le tour de sa maison, vérifie que toutes les lumières sont éteintes, charge trois bouteilles d’eau dans son sac de toile et cale contre elles ses deux sandwiches speckparmesan-pesto.
Il ferme la porte derrière lui, traverse rapidement son jardinet, ouvre la grille doucement pour ne pas réveiller ses voisins. 5h du matin. Il se glisse dans sa voiture. Glaciale. Le pare-brise est couvert des restes de pluie de la nuit. Roberto se cale sur son siège. « Allez, mon gars, faut y aller ! » se dit-il à haute voix.
Solo, debout dans la pénombre de sa cuisine, finit son café en se réchauffant les mains autour de son bol. Les enfants dorment encore. Sa femme est déjà debout pour lui faire mille recommandations. Solo enfile sa parka, enfonce son bonnet sur sa tête, s’assure que son Pass-Navigo est bien dans sa poche, récupère le grand sac en cuir que lui tend sa femme.
« Dépêche-toi, faut y aller ! » lui dit-elle doucement en l’embrassant.
Roberto file vers la Gare de Lyon. Malgré le chauffage, il a froid. Il a allumé son lumineux sur le toit de son taxi. Lumière rouge, parce qu’il ne peut prendre aucun client tant qu’il n’est pas sur site. Sa base d’affectation, c’est la Gare de Lyon. Tous les jours, de 6h à 18h les semaines paires, de 18h à 6h les semaines impairs. Partir de la Gare – Faire la course demandée par le client – Revenir à la Gare – Repartir pour une nouvelle course… Toujours se plier aux signes que fait le gars chargé de la répartition des taxis sur la zone devant la Gare.
Un ballet incessant de taxis. Pas le temps et pas le droit de parler avec le répartiteur…
Solo marche d’un pas rapide vers la Gare du RER. Ce matin encore, il attrape son train au vol.
Le wagon semble surchauffé ou c’est lui qui ne s’habitue pas à l’entassement de ces corps encore endormis qui se balancent mollement au gré du rythme des roues sur les rails. Solo regarde sa montre. Il trouve que le RER s’arrête un peu trop aux stations… Il va être en retard, cela lui déplait. Il sait que son chef n’en a rien à faire des quais encombrés et des secondes perdues à attendre que tous les voyageurs soient montés dans les wagons… « C’est à une heure précise que vous devez prendre votre poste » lui dira encore son chef !
Roberto est arrivé à sa base d’affectation. La Gare de Lyon semble encore somnoler dans le brouillard hivernal. C’est parti pour douze heures d’allées et venues dans Paris et Petite Couronne. Il est habitué. Douze heures assis dans son taxi. En sortir pour ouvrir puis fermer la portière au client, ouvrir et fermer le coffre, poser les bagages, retirer les bagages. Les mêmes gestes pendant douze heures ! Pour l’instant, ses maux de dos ne se sont pas encore
manifestés. Pourvu que ça dure !
1/4
Solo débarque à la gare de Lyon. Pas trop de retard. Pas de chef. Solo pointe et file sur le parvis. Les taxis sont déjà là, tapis dans l’ombre comme des grands crocodiles avec leurs gros yeux jaunes et les dents étincelantes de leurs calandres. Solo sait que les chauffeurs l’attendent pour son ballet rituel d’affectation des places, au fur et à mesure que les clients arrivent. Solo va passer toute la journée dehors, debout, sous la pluie ou dans le vent, mais ce matin il se sent en pleine forme. En forme pour tenir toute la journée à faire ses grands gestes régulant la noria des voitures noires qui emportent touristes, hommes d’affaire, congressistes, fêtards attardés…Aucun de ces gens pressés ne le regardera. Tous se précipiteront vers le taxi comme s’ils avaient le diable aux fesses.
Roberto n’a guère le temps de souffler entre deux courses, pas le temps de se dégourdir les jambes. Assis, toujours assis, L’impression de n’être qu’un homme-tronc! Aujourd’hui, ses maux de dos ont commencé plus tôt que d’habitude. Roberto a la sensation que ce boulot lui fait perdre des centimètres en taille et il lui en fait gagner en ventre ! Aujourd’hui, plus que les autres jours, il envie le grand gars qui fait le sémaphore sur le parvis pour attribuer à chaque taxi son espace d’embarquement du client. « C’est sûr –se dit Roberto- que ça doit pas être drôle tous les jours à s’agiter, par tous les temps…mais lui au moins, il bouge, les fourmis dans les jambes, il ne doit pas connaitre ! » Roberto admire la silhouette longiligne du type, toute en muscle et en détente.
Solo s’escrime à faire les meilleurs gestes pour que les chauffeurs de taxi aillent bien sur les emplacements qu’il leur désigne…mais il a parfois le sentiment que les gars n’en font qu’à leur tête. Aujourd’hui, il retrouve avec plaisir le type qui ne lui casse jamais le travail, qui se glisse sans problème vers la place désignée. Cela le repose quelques secondes d’avoir à faire à lui. Il aurait envie de le remercier…mais pas le droit de se parler. En plus, la pluie est revenue et le gars n’a pas baissé sa vitre. L’été dernier, il l’avait repéré, un gars brun, très brun, avec des sourcils épais, et qui sifflotait toujours. Le balayeur du parvis, qui connait tout le monde, lui avait dit que c’était un Italien, un gars de Ligurie, et que cela faisait un moment qu’il était taxi à la Gare de Lyon. Ce soir, à la fin de sa journée, Solo se dit qu’il ira toquer à sa vitre, juste pour le saluer, juste pour lui serrer la main…puisqu’ils partagent le même bitume !
Roberto voit sa journée défiler derrière son pare-brise et ses essuie-glaces. Chaque fois qu’il revient sur la Gare de Lyon, il est fasciné par le répartiteur et sa haute silhouette qui se détache sur le ciel gris. Il se demande comment le gars peut tenir…où il trouve son énergie. Roberto se dit que ses gestes, infiniment répétés, font penser à une danse…peut-être une danse d’un pays quelque part en Afrique. Il faudra qu’il demande à Momo, le balayeur qui connait tout le monde, comment s’appelle ce type et d’où il vient. Roberto grillerait bien une cibiche avec lui à la fin du boulot…depuis le temps qu’ils se côtoient sur le parvis.
2/4
La soirée s’installe Gare de Lyon. Les équipes vont se relayer. Momo est parti remiser ses balais et ses poubelles roulantes.
Solo sait que c’est l’heure où les taxis s’échangent les informations sur les différents chantiers dans les rues de Paris, les endroits à éviter, les meilleurs parcours. Il guette l’Italien.
Solo a prévenu sa femme qu’il arriverait peut-être un peu plus tard que d’habitude, que c’est juste pour voir un collègue, un collègue de parvis. « T’as un collègue de parvis ? » lui avait dit Jahia au téléphone.
Roberto a éteint son lumineux et a garé sa voiture le long du trottoir devant les grandes portes vitrées de la Gare. Il a quelque difficulté à s’extirper du siège…l’impression qu’il s’est moulé dedans au fil des douze heures passées au volant.
Il cherche son paquet de cigarettes dans son blouson, l’envie de s’en griller une avant de repartir vers son pavillon de banlieue. Il cherche Momo des yeux. Pas de balayeur en vue.
Se découpant dans la lumières des grands lampadaires, il distingue le répartiteur qui, lui aussi, a fini sa journée. Pourquoi ne pas aller lui proposer une cigarette ?
– « Bonsoir, ça y est, la journée est finie ! Pas trop fatigué de faire la police sur cette esplanade ? Je m’appelle Roberto, je suis taxi. »
– « Salut, moi c’est Solo. Je t’ai déjà repéré sur le parvis parce que tu ne fais jamais d’histoires pour les emplacements. Tu sais, des types comme toi, ça me facilite le travail. »
– « Et moi qui passe mes journées assis dans mon taxi, tu m’épates vraiment à te démener toute la journée quelque soit le temps…et l’humeur des chauffeurs ! »
– « Le boulot me plait, je ne supporterais pas d’être enfermé, mais c’est vrai que parfois ça me casse le dos de m’agiter comme ça…Encore que ma femme, qui est venue me voir un jour, m’a dit que je ressemblais à un danseur, comme ceux qu’on a chez nous au Mali ! »
– « Tu viens du Mali ? Ta femme aussi ? »
– « Oui, Jahia et moi, on est tous les deux du Mali. On est Khassonké, on vient d’un village à l’ouest de Bamako. Tu connais le Mali, tu y es déjà allé ? »
– « Non, moi je ne voyage pas trop. Le seul vrai voyage que j’ai fait, c’est quand je suis parti de Ligurie pour venir travailler en France. Ma femme et moi, on était dans un petit village, Pieve di Teco, dans la vallée d’Arroscia. Ma femme a eu envie de vivre dans une grande ville, en France. »
– « Tu habites Paris ? »
– « Oh non, je suis en banlieue, dans le 93, Aulnay-sous-Bois. »
– « Alors, ça s’est marrant, moi aussi j’habite le 93, Le Blanc-Mesnil ! »
– « Tu rentres comment chez toi ? Je peux te ramener si tu veux ! »
– « OK, j’appelle Jahia pour voir s’il n’y a pas deux ou trois courses à faire…parce qu’avec elle, j’ai toujours quelque chose d’indispensable à prendre à la sortie du RER…elle te fait pareil, ta femme ? »
– « Ah non, moi je vis seul. Ma femme est partie parce que la banlieue, ce n’est pas ça qu’elle voulait en quittant la Ligurie ! »
3/4
La nuit s’étale sur le Périphérique. Encore beaucoup de trafic. Roberto n’a pas allumé l’autoradio. Il écoute Solo.
Solo parle du Mali, de son ethnie, les Khassonké. Solo parle de sa famille, les Koïta dont il dit être fier de porter le nom parce que c’est une famille de griots, parce que sa famille a donné au Mali la plus grande chanteuse, danseuse, griotte, Amy Koïta. Solo dit qu’il va lui monter des clips de sa tante. Il parle de la musique malienne et de la lumière sur le fleuve Niger.
Roberto regarde le bitume qui s’écoule sous les roues de la voiture. Il répond aux questions de Solo sur la Ligurie, sur Pieve di Teco, sur son arrivée en France. Solo ne pose pas de question sur sa femme, partie. Roberto parle du pavillon trop grand pour lui dans une petite rue d’Aulnay. Roberto dit qu’il se demande s’il a toujours envie de faire le taxi.
Solo éclate de rire et dit « tu crois que j’ai toujours envie de faire le singe danseur sur le parvis ? »
L’immeuble où vit Solo n’est pas très haut. Une petite barre posée à côté d’autres barres.
Solo explique à Roberto que ce sont surtout des familles africaines qui vivent là, depuis longtemps pour certaines, avec un grand mélange d’ethnies.
Quand Solo pousse la porte de son appartement, Roberto a l’impression de changer de monde, de continent, d’univers. Une maison africaine au coeur d’un HLM du Blanc-Mesnil !
Solo lui présente Jahia. Les enfants sautent au cou de leur père et l’entrainent dans la cuisine pour qu’il mette son nez au-dessus des marmites.
Roberto reste à dîner avec eux puis regarde les clips d’Amy Koïta. Il n’a jamais entendu ce genre de musique. « Mieux vaut tard que jamais ! » lui dit Solo en se moquant gentiment.
Les enfants sont couchés. Roberto, Jahia et Solo parlent de la destinée, des exils, de la vie qu’on veut ou qu’on ne veut pas. Des envies de changer de vie !
La nuit est bien entamée. Sur le seuil de l’appartement, Solo donne à Roberto un grand sac en papier. « A demain, collègue ! »
Le pavillon est glacial. Roberto étale sur la table basse le contenu du sac en papier : une carte du Mali. Un petit livre « Précis d’Histoire et de Géographie du Mali ». Trois clips vidéo d’Amy Koïta.
Roberto n’a pas sommeil. Il se passe en boucle les vidéos. Il retourne cent fois à la carte pour descendre ou remonter le fleuve Niger avec son doigt, pour explorer les régions autour de Bamako, pour lire à haute voix certains noms de villages. Il feuillette le petit livre.
C’est une crampe qui le réveille. Roberto s’était endormi dans son fauteuil. Il n’a plus que quelques minutes pour se préparer et filer prendre son service Gare de Lyon.
Il faut qu’il voie Solo, dès qu’il arrive, pour lui dire tout de suite qu’il a pris sa décision, qu’il arrête de faire le taxi à Paris, qu’il quitte Aulnay et son pavillon glacial, qu’il change de vie, qu’il veut autre chose que cette « alvéole » dans laquelle il vivote.
Autre chose décidée grâce à lui Solo, mais grâce aussi à Jahia, au mafé dégusté, aux chants d’Amy Koïta.
Cette autre chose…c’est être Taxi-Brousse au Mali.
Christine 4/4


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Noah s était levé tôt. Ce matin, il rejoignait après plus d’une heure de route le marché de La Défense dans la petite camionnette de sa mère qui tenait le stand de crèpes. La rangée des chalets de Noël s alignait sur le parvis. Chacun s affairait à ouvrir son  stand. C était la 3e semaine, tout le monde espérait que les clients seraient au rendez vous. Sa mère lui demanda d installer sa carriole pour faire de la barbe à papa devant son chalet. Il ouvrit le sachet de granulés roses et commença à les verser dans le grand bac. Le sucre commençait à fondre.

_ Commence à faire tourner , lui dit elle. Il faut attirer le client.

_ Maman, tu vois bien qu il est encore trop tôt,  il n y a pas d enfant à cette heure ci. Et c’est  pas ces monsieurs en costume gris qui vont prendre une barbe à papa.

Il lui montra le défilé mécanique de ces hommes en gris, braves soldats qui chaque matin s’engouffrait dans leurs grandes tours en verre pour n’en ressortir qu à la tombée du jour. Noah ne savait pas ce qu’ils faisaient mais il les connaissait par coeur :  regard hautain,  tenue impeccable et monotone, costume cravate imper, cheveu court , parfumé, belle montre de marque au poignet, arborhant le pas rapide de celui pour qui le temps c est de l’argent, et bien sûr le sempiternel attaché case dissimulant certainement un i pad dernier modèle avec le travail d’une vie de labeur virtuel. Parfois ils telephonait en marchant avec le dernier i phone à la main, le sourire carnassier, le rire moqueur, aveugles à leur environnement. Bref, pour eux Noah savait qu’il etait invisible. Jamais, ces hommes ne s’arrêtaient pour acheter une crèpe au stand de sa mère, comme si un mur invisible les séparait.

Les portes de l ascenseur glissaient l une vers l autre, un homme arriva à se faufiler pour entrer dans la cabine. Élégant,  le cheveu gomine, un regard bleu acier, il arborait l éternel sourire du vainqueur.  Maxime le vautour dans toute sa splendeur entrait en scène. Du style : vous avez vu, j ai des réflexes,  non?

Oh la la se dit Grégoire encore ce frimeur et je vais me le taper jusqu au 15e à tous les coups. Mauvais début de semaine.

Grégoire eut beau essayer de se dissimuler derrière un grand gars, le raseur le detecta du premier coup d’oeil .

_ Grégoire ? Je ne le crois pas! S exclama_t_il le plus niaisement du monde. Ça fait un bail que l’ on ne t a pas vu à notre étage! Qu est-ce que tu deviens?

En disant cela, il se dirigea vers lui, bousculant au passage un grand gars et une petite dame en tailleur vert qui manifesta son mécontentement d un soupir exaspéré.

Grégoire, gêné  par cette interpellation subite, lui adressa un sourire discret.

_ je vais bien. Et toi? Renvoyer la question  lui permettait de gagner du temps car il n avait pas l intention de raconter sa vie à toutes les personnes de la cabine. Un peu de pudeur merde !Mais son interlocuteur pas gêné le moins du monde continuait à parler fort avec cette exubérance que détestait tant  Grégoire.

_ j ai passé un week-end d enfer. Arcachon,  les pieds dans l’eau, avec une nana,  je te dis pas ! Un canon! Ça fait longtemps que j avais pas chopé  une fille comme çà sur le Net.

La petite dame en tailleur leva les yeux de son smartphone pour regarder sévèrement l individu qui au fur et à mesure que l ascenseur s élevait vers la cime de la plus grande tour de la Defense semblait de plus en plus insupportable. Grégoire échangea un regard complice avec elle et pria pour qu ils arrivent rapidement à l étage désiré.

Pour l embêter,  Grégoire lui demanda des nouvelles de sa famille.

  • Oh tu sais la famille c est pas mon truc. Ma femme a une nouvelle lubie, elle prend des cours de yoga, elle y passe tous ses week end, du moment que je lui donne du fric, elle me laisse ma liberté. Tu comprends ?

Grégoire célibataire endurci enviait secrètement les succès de cet homme avec les femmes. Maxime n était pas spécialement séduisant mais il avait une confiance en lui inébranlable et il était très fort pour en mettre plein la vue, cela plaisait.

  • Dis moi tu sais que Marlin m’a donné rendez-vous ce matin ! Je me demande bien ce qu’il me veut celui là. continua Maxime

Marlin , c’était le DRH de la boîte. Bien sûr, avoir rendez vous avec lui n’était jamais de très bon augure. Mais Maxime ne risquait rien , sa dernière campagne de communication avait été un succès, se séparer de lui serait une folie.

Le bip du 15e retentit et Grégoire poussa un soupir de soulagement quand il vit ce poseur s éloigner. Il dut lui promettre de l appeler bientôt pour aller faire un squash, oh ce n’était pas par amitié qu il lui avait proposé cela mais par calcul, dans ce monde tout se calcule et un adversaire moyen tel que Grégoire permettait de briller, c est tout ce qui  importait à Maxime. Il ne jouissait qu en écrasant les autres. Grégoire se demandait, quand les portes s ouvrirent au 20e, combien de temps encore il pourrait supporter ce milieu.

Peut-être avaient ils peur de s’empoisonner ? C est ce que se disait Noah. Aussi quand ce jour là, il  vit un homme en gris assis sur un banc à côté des chalets, il s’étonna de sa présence. Tiens, mais celui là que fait il à cette heure ci dehors, il a quitté sa meute ? L’homme était courbé sur lui même, il se tenait le visage dans les mains, il avait desserré sa cravate, son attaché case jeté negligemment à ses pieds, il semblait triste, oui c’est çà un sentiment de tristesse émanait de son visage. Noah pensait que ces hommes ne ressentaient aucune émotion, qu’ils étaient invincibles et que rien ne pouvait les atteindre. Et voilà que celui là rentrait dans son monde, sautait du train en marche pour venir s’asseoir parmi les gens normaux, en voilà un qui daignait descendre de son piedestal. Curieux, Noah s’approcha, il crut voir perler à ses yeux quelques larmes. Il ne put s’empêcher de le plaindre, lui le petit vendeur de foire. Hardiment il s ‘assit à l’autre bout du banc, soudain cet homme par sa douleur devenait accessible, il faisait moins peur. Noah posa un quart de fesse sur le banc et voyant que l’autre ne remarquait pas sa presence, il s’installa carrément à côté de lui et se mit à balancer ses jambes en le regardant fixement. L’homme se redressa, il sentit une présence amicale à ses côtés et le regarda comme s’il le découvrait pour la première fois alors qu’il le croisait chaque matin depuis deux semaines que le marché de Noel était installé sur la place. Gêné, il essaya de se recomposer un visage normal et se forca à sourire.

  • Tu habites dans le coin, dit il bêtement au garçon
  • Non , je viens travailler avec ma mère, elle a un stand de crèpes au marché, lui repondit il en montrant le chalet de sa mère.
  • Ah oui le marché, dit l’homme hébété
  • Pourquoi tu ne travailles pas aujourd hui ? demanda Noah

L’homme le regarda puis se mit à rire bruyamment. Du rire desespéré de celui qui a tout perdu. Noah comprit que quelque chose de grave lui était arrivé. Alors il se leva et quitta le banc. Quelques minutes plus tard, il revient vers l’homme et lui tendit un petit paquet. L’homme le prit et commença à l’ouvrir, à l’intérieur une crèpe toute chaude au nutella. Il fut surpris mais avant qu’il n ouvre la bouche, le petit garçon avait disparu.

Alors l’homme dégusta sa crèpe nerveusement puis se leva pour quitter la place.

Il avait oublié son attaché case au pied du banc. Quand Noah revient, il le ramassa. A l’interieur était gravé un nom : Maxime C.